Affmic
Association Française des Foyers Mixtes Interconfessionnels Chrétiens

Histoire du Mouvement Foyers Mixtes

Extrait d’une intervention d’Ariane de BLIC, le 7 mars 2012, lors du colloque organisé à l’Institut catholique de Paris par l’Institut Supérieur d’Etudes Œcuméniques (ISEO) sur « La réception de Vatican II : en 50 ans, quels effets pour les Eglises ? »

Afin de retracer l’évolution de la situation des Foyers mixtes depuis Vatican II, en France particulièrement, il faut se référer aux textes officiels des Eglises (source principale : le n° 71 – 1986 – de la revue Foyers mixtes).

Un rapide rappel du Code de droit canonique de 1917 : interdiction sévère de tout mariage entre deux baptisés « dont l’un est catholique et l’autre inscrit à une secte hérétique ou schismatique »… Les pasteurs d’âmes devaient détourner autant que possible les fidèles des unions mixtes (canon 1064). Ceux qui contractaient mariage devant le ministre non-catholique encouraient l’excommunication (canon 2319).

Arrive le concile Vatican II (1962-1965) qui engage l’Eglise catholique de façon irréversible dans le mouvement œcuménique ; mais concernant les foyers mixtes, aucun texte n’a été voté directement par les pères conciliaires, ils ont seulement émis un vœu confiant cette question au Pape.

Pour répondre à ce vœu, une instruction sur les mariages mixtes a été promulguée en mars 1966 par la Congrégation pour la doctrine de la foi   «Matrimonii sacramentum ». Est maintenu l’empêchement de religion mixte qui « interdit les mariages des catholiques avec des non-catholiques baptisés », et les prêtres sont invités à avertir les fidèles des difficultés et des dangers de tels mariages.

En octobre 1967, lors du premier Synode des Evêques à Rome, la question revient sur le tapis et en mars 1970, Paul VI publie un motu proprio « Matrimonia mixta » : «…l’Eglise sait que les mariages mixtes… ne facilitent habituellement pas, sauf en de rares cas, la marche vers l’unité… ils suscitent de nombreuses difficultés… Pour ces motifs, l’Eglise déconseille de contracter des mariages mixtes ». Même dans le cas de mariage entre deux baptisés, les réticences sont donc fortes, comme le sont les exigences vis-à-vis du conjoint catholique : non seulement conserver sa foi catholique mais « faire tout son possible » pour que ses enfants soient baptisés et éduqués dans cette foi.

Dès octobre 1970, l’Assemblée plénière de l’Episcopat français publie les « Nouvelles dispositions pour les diocèses de France ». Deux sortes de dispense existent : dans tous les cas, la « dispense d’empêchement de religion mixte » qui, dans le nouveau Code de droit canonique de 1983, devient une autorisation ; et dans le cas d’un mariage célébré dans une église protestante, une « dispense de forme canonique ». Ces deux dispenses sont désormais accordées par l’Ordinaire du lieu, l’évêque, suite à la constitution d’un dossier qui contient une « déclaration d’intention ». Celle-ci est d’ailleurs demandée à tous les fiancés, y compris catholiques.

Il est souhaité que cette déclaration soit commune et rédigée par les fiancés eux-mêmes, à condition qu’elle comporte les points suivants : l’affirmation de la liberté du consentement, de l’entière fidélité et de l’indissolubilité, de la fécondité, du respect mutuel de la foi et de la pratique religieuse de chacun, et pour le conjoint catholique, la promesse « de faire tout ce qui dépend de lui pour que ses enfants soient baptisés et élevés dans l’Eglise catholique », le conjoint non-catholique devant être averti « en toute clarté et sans retard » de cette promesse.

Toutefois, dans l’exemple de déclaration d’intention commune annexé à ces Nouvelles dispositions, le § 3 précise : « Nous acceptons les enfants…. Nous les éduquerons humainement et chrétiennement avec le meilleur de nous-mêmes, nous leur ferons connaître et aimer Jésus-Christ, nous les formerons au respect et leur donnerons la connaissance de nos deux Eglises. …Et puis : « Nous savons que la promesse qui est demandée à celui de nous deux qui est catholique de faire tout ce qui dépend de lui pour que ses enfants soient baptisés et élevés dans l’Eglise catholique doit être accomplie dans les circonstances concrètes de notre foyer. Ce qui signifie que, dans un dialogue loyal et dans le respect des raisons et des convictions religieuses de chacun d’entre nous, nous devons prendre ensemble une décision que nous pourrons tous deux approuver en conscience ».

Pour la célébration du mariage dans l’Eglise catholique, la forme liturgique recommandée est le rite du mariage sans messe, non comme une mesure de discrimination, mais dans un souci de respect de la conscience du conjoint non-catholique et des membres de sa famille ou de sa communauté qui ne pourraient pas être accueillis à l’Eucharistie.

Puis viennent des textes communs :

En 1975, le Comité mixte catholique-protestant publie une « Note sur la célébration œcuménique du baptême », toujours en vigueur, qui autorise la double inscription sur les registres baptismaux des deux paroisses comme signe d’une double prise en charge de l’enfant et appelle de ses vœux un travail approfondi des Eglises sur une catéchèse œcuménique.

En 1977 est publiée une 2ème édition d’un texte commun : « Recommandations de l’Eglise catholique et des Eglises luthériennes et réformées de France : Pastorale commune des foyers mixtes ». La tonalité a complètement changé : les difficultés rencontrées, « au lieu de susciter des heurts entre les époux et de pousser ceux-ci à l’indifférence religieuse, (pourraient), en étant franchement abordées, contribuer à l’approfondissement de leur foi… ». On commence à considérer que la situation spécifique des foyers mixtes, au lieu d’être un handicap, un danger pour l’harmonie et la santé spirituelle de ces couples, peut être un stimulant – le texte parle de « saine émulation spirituelle ».

Il recommande une participation commune à la vie cultuelle des deux paroisses, si possible de façon équilibrée, tout en rappelant que « dans la situation actuelle, les époux ne peuvent participer en commun, de manière habituelle, au sacrement de l’Eucharistie » (n°29) – Et vous savez que la situation n’a pas changé depuis, la Note sur l’hospitalité eucharistique de 1983 n’ouvrant guère de portes : si l’accueil d’un non-catholique à l’Eucharistie peut être envisagé dans certains cas exceptionnels et moyennant des conditions très strictes, la réciproque n’est pas vraie puisque la pleine sacramentalité de la Sainte Cène n’est pas reconnue.

Pour l’éducation chrétienne des enfants, le texte insiste sur la « co-responsabilité éducative » des parents qui doivent prendre ensemble une décision mûrie, libre de toute contrainte, dans le respect mutuel des consciences, privilégiant l’unité du couple et de la famille.

En 1980 paraît un nouveau texte émanant de l’épiscopat français, un Directoire de discernement : Engagements et vocation des foyers mixtes. Le regard porté sur ceux-ci est devenu franchement positif. Je cite : « les foyers mixtes peuvent constituer un véritable tissu conjonctif qui lie entre elles les Eglises encore séparées… Cette situation peut devenir… un stimulant pour la foi et la vie chrétienne des partenaires d’un couple mixte, de leurs familles et de leurs communautés respectives ». On parle même de « rôle providentiel » des foyers mixtes ! Et de conclure que « ce qui était jadis cause de tension peut aujourd’hui devenir source de grâce »…

Le texte revient sur l’engagement de « faire tout son possible » demandé au conjoint catholique à propos de l’éducation religieuse des enfants, reconnaissant que le conjoint non-catholique, s’il a une foi vivante, peut se sentir engagé lui aussi, du moins implicitement, par la même exigence.

Voilà pour les textes officiels – mais quid dans la pratique ?

Indéniablement, on peut noter une grande diversité selon les lieux et selon la personnalité des ministres, et cela est vrai encore aujourd’hui. Il faut frapper à la bonne porte… car les réponses ne seront pas les mêmes selon les interlocuteurs. Alors, peut-on parler d’avancées ? Oui, sûrement, mais pas forcément définitives, et parfois, on a plutôt l’impression de reculs, avec une application des textes officiels plus stricte qu’il y a quelques décennies.

En conclusion, cet extrait du « Document de Rome » qui a été adopté par le 2ème Rassemblement mondial des foyers mixtes à Rome en 2003 : « En apprenant à vivre avec les traditions de l’Eglise d’un autre, ils comprennent que toutes les différences ne sont pas séparatrices, mais que beaucoup sont complémentaires et peuvent conduire à l’enrichissement dans la diversité ».