Affmic
Association Française des Foyers Mixtes Interconfessionnels Chrétiens

Les couples mixtes chrétiens « en avance » sur leurs Églises

mariage catholique protestant

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Article du journal « La Croix » du 18 janvier 2012

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens s’ouvre mercredi 18 janvier.
Catholiques, protestants et orthodoxes ont assez peu d’occasions de se fréquenter, lorsqu’ils ne sont pas engagés dans des actions oecuméniques. Les « couples mixtes » chrétiens, eux vivent cette unité au quotidien. Au début de leur mariage, elle le confesse volontiers, Brigitte Bellamy-Brown a pensé « pouvoir convertir » Jacques. Élevée dans une famille catholique, celle-ci ne savait alors que peu de chose sur l’Église réformée. Le fait de s’unir à un protestant, elle le pressentait, ne serait pas sans conséquences : n’était-ce pas là un danger pour l’harmonie du couple ? Pourtant, rapidement, ses velléités de prosélytisme vont tourner court, et la jeune épouse choisit d’envisager cette dualité comme une chance. « Je me suis vite aperçue que nous étions d’accord sur le fond et partagions la même foi. Cela m’a rassurée lorsque nous nous sommes engagés », résume cette mère de quatre enfants, qui mesure son « enrichissement ».
« Dans ma famille, se souvient son mari, Jacques, l’oecuménisme était déjà vécu par mes parents, en particulier mon père, qui avait l’habitude, dans la Marine, de côtoyer des aumôniers catholiques. Je me suis senti très bien accueilli dans la famille de Brigitte, même si j’avais l’impression d’être parfois pour eux une énigme. »

Assumer la double identité
Une énigme ? Il est vrai que les « couples mixtes » chrétiens bousculent parfois ceux qui les côtoient. Beaucoup, d’ailleurs, finissent par se fixer dans une même Église – souvent parce que l’un des deux est moins enraciné dans sa foi. Mais d’autres font le choix d’assumer cette double identité, de la cultiver, même.
« Grâce à mon mari, j’ai redécouvert le sens du sacré et la beauté de la liturgie », confie Laure Arjakovsky, dont le mari, Antoine, est orthodoxe. Codirecteur d’un département du Collège des Bernardins, celui-ci reconnaît, réciproquement, avoir appris du catholicisme : « Je me rends compte que dans les églises orthodoxes, on a du mal à s’organiser pour mener des actions de solidarité internationales, illustre-t-il. Certes, on peut discuter ce côté vertical, centralisé, mais il est aussi nécessaire à l’Église. »
Issue d’un milieu catholique et mariée à l’éditeur évangélique Jonathan Boulet, Anouck, 32 ans, pose elle aussi un regard apaisé sur sa situation : « Notre différence a été plutôt un enrichissement qu’un problème, assure cette Lyonnaise. Dans les moments de difficultés, notre foi commune nous a permis de nous rassembler. »

Des foyers « en avance »

De fait, selon l’analyse du P. Franck Lemaître, directeur du service pour l’unité des chrétiens à la Conférence des évêques de France, ces foyers mixtes sont à bien des égards « en avance » sur l’état des relations entre leurs Églises. Grâce aux progrès de l’oecuménisme, ajoute le dominicain, « leur accueil se passe généralement bien » dans les paroisses.

C’est ce qu’ont pu constater, en région parisienne, Éric et Laure Lombard. Lui est protestant, elle est catholique : « il arrive que mon épouse se rende au temple avec les enfants, en mon absence. Pour ma part, j’ai appris à aimer la célébration du Jeudi saint, et le curé me salue à la sortie de la messe. » En somme, tout en ayant « conservé » ses racines, le couple affirme se sentir « adopté » d’un côté comme de l’autre.
Pourtant, il n’est pas rare que surviennent des turbulences. Parfois à la naissance d’un enfant. Ou lorsque le couple est confronté aux réticences d’un prêtre, d’un pasteur.

Quel baptême pour les enfants ?
C’est pour « rompre cet isolement » qu’a été fondée l’ Association française des foyers mixtes interconfessionnels chrétiens (AFFMIC), qui rassemble 200 couples à travers la France. Son président, Julien Vielle, organise des rencontres régulières tout en offrant une « bibliothèque » virtuelle, avec des fiches pratiques à destination des couples.
Parmi leurs interrogations récurrentes, l’éducation. Il semble que chacun s’attache à transmettre cette double culture, sans qu’il y ait de recette miracle : chez les Arjakovsky, les enfants reçoivent un parrain catholique et une marraine orthodoxe (ou inversement) et sont imprégnés des deux traditions.
Chez les Lombard, ils ont été baptisés « alternativement » à l’église et au temple, « mais toujours en présence des deux ministres ». Pour les Boulet, en revanche, pas de baptême : si les parents veillent à transmettre leur « foi personnelle au Christ », tous deux préfèrent leur « laisser le choix ».

« La question de l’eucharistie doit bouger »
Au fond, la principale difficulté réside sans doute dans la communion eucharistique : la plupart des témoins interrogés disent communier en dehors de leur Église mère. « Cela me paraît naturel et je suis en paix avec ce choix » , affirme Jonathan Boulet, tout en admettant qu’il en va de sa responsabilité de « creuser cette question » .
Pour Laure Arjakovsky, cette décision a été le fruit d’une évolution : « Au début de notre mariage, on se disait que lorsque l’un de nous s’avançait pour communier, l’autre communiait avec lui spirituellement. Mais au fil du temps, des prêtres, catholiques et orthodoxes, nous ont autorisés à recevoir l’Eucharistie. D’autres se montrent plus réticents. À mon sens, il faut que cela bouge. »
Même si elle suscite parfois des réserves, « l’hospitalité eucharistique » existe bel et bien au sein de l’Église catholique, sous le discernement de l’évêque, et pour des cas précis. Les évêques de France ont publié une note en ce sens en 1983, dans le sillage des instructions de Vatican II : « dans le cas où des prêtres et des fidèles catholiques accueillent des frères protestants à la table eucharistique, une hospitalité authentique suppose de la part de ces derniers un ‘réel besoin’ ou un désir spirituel éprouvé, des liens de communion fraternelle profonds et continus avec des catholiques. » Des liens, précise la note, tels qu’ils sont vécus « dans certains foyers mixtes et dans quelques groupes oecuméniques durables ».
La question reste toutefois délicate entre catholiques et orthodoxes, ces derniers étant réticents vis-à-vis d’une telle hospitalité.
FRANÇOIS-XAVIER MAIGRE