Affmic
Association Française des Foyers Mixtes Interconfessionnels Chrétiens

Prédication du pasteur Gill Daudé en 2011

ERF Paris-Annonciation

30 janvier 2011

Conclusion semaine de prière pour l’unité des chrétiens

1 Corinthiens 11, 17-19 + 28-29
(notes de prédication)

Nouvelle version TOB :

Je n’ai pas à vous féliciter : vos réunions, loin de vous faire progresser, vous font du mal. Tout d’abord, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, me dit-on, et je crois que c’est en partie vrai : il faut même qu’il y ait des scissions parmi vous afin qu’on voie ceux d’entre vous qui résistent à cette épreuve. (…)

Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps, mange et boit sa propre condamnation.

 

Paul est extrêmement sévère contre ceux qui divisent l’Eglise et entretiennent les divisions, les corinthiens et nous aussi : vous faites plus de mal que de bien (v17), vous méprisez l’Eglise de Dieu (v22), et même : vous mangez et buvez votre condamnation lorsque, dans la division, vous prenez le pain et le vin (v29).

De quelle manière se manifeste cette division dans notre texte ?

C’est lorsque chacun prend le repas du Seigneur dans son coin, sans tenir compte des autres, sans faire corps avec les autres.

Si vous prenez le pain et le vin sans faire corps avec les autres, autrement dit sans être unis aux autres, très concrètement (car faire corps, ça se voit, c’est concret !), vous mangez et buvez votre condamnation.

Qu’est-ce qui fait l’unité dans notre texte ? Deux choses[1] :

  1. Cela signifie d’abord la solidarité sociale. C’est une honte, dit-il, que les riches mangent de leur côté pendant que les pauvres ont faim. Si vous prenez la cène sans remédier à cela, c’est que vous ne discernez pas le corps du Christ qui est l’Eglise, lieu de solidarité par excellence, vous divisez le corps du Christ qui est l’Eglise, et … vous mangez une condamnation (ou un jugement) contre vous-même.
  2. Cela signifie aussi une unité doctrinale : voilà ce que j’ai reçu du Seigneur et que je vous ai transmis (v23), dit Paul, et il y développe sa doctrine de la cène-eucharistie (qu’il a lui-même reçue « du Seigneur », ce qui peut se comprendre comme une transmission via d’autres témoins, ou bien par révélation). Au chapitre suivant, il développera sa conception du corps : un dans la diversité. Mais il insiste : vous êtes un seul corps (12,12-13) et cela dans la confession de Jésus-Christ Seigneur (12,3) et dans le même Esprit (12,4). Il conclut encore au chapitre suivant (Ch 13) par le don de l’Amour, cet amour-agapè qui est le plus grand parce qu’il est de Dieu lui-même et se reçoit de l’Esprit saint.

Dans la Ste Cène donc, sont liés solidarité sociale et unité doctrinale, le tout étant en quelque sorte cimenté par le don de l’Esprit et de l’amour de Dieu.

Si aujourd’hui, nous ne pouvons pas communier ensemble entre Eglises catholiques, orthodoxes, anglicanes, orientales et protestantes[2] c’est parce que nous ne vivons pas cette double unité sociale et doctrinale.

Je voudrais m’arrêter sur cette absence d’unité doctrinale.

Nous ne croyons pas la même chose, notre foi n’est pas la même dans ce qui fait l’essentiel nécessaire à notre unité.

Nous croyons au même Dieu, Père, Fils et St Esprit. Nous croyons au même baptême[3]. C’est déjà énorme !

Mais nous ne croyons pas la même chose lorsque nous confessons « l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique » (symbole de Nicée-Constantinople). Nous avons vérifié que nous ne croyons pas la même chose[4] et nous devons encore travailler et creuser ensemble notre fidélité au Christ pour nous accorder dans la foi.

Pour nos frères orthodoxes, catholiques et un certain nombre d’évangéliques (c’était aussi le cas pour les protestants du XVIe au XIXe siècle[5]), nous serons unis quand l’essentiel développé dans le credo chrétien (et tout particulièrement cette partie sur l’Eglise) sera compris de manière unanime, c’est-à-dire lorsque nous aurons réellement la même foi (au sens du contenu doctrinal de la foi). Car nous ne pouvons être véritablement un même corps (et donc partager en vérité le pain et le vin) que si nous avons la même foi. Si nous avons beaucoup avancé au point de pouvoir dire que nous sommes en réelle communion, nous ne sommes cependant pas en pleine communion. Nous ne sommes pas encore arrivés et ce serait mentir de faire comme si nous étions déjà pleinement unis en partageant le même pain et la même coupe.

Pour les anglicans et les protestants (tout au moins luthéro-réformés) d’aujourd’hui : effectivement, nous ne sommes pas unis dans une même foi car nous ne nous accordons pas sur ce qui nécessaire à la pleine unité, en particulier en ce qui concerne notre compréhension de la médiation de l’Eglise, incontournable pour les uns, seconde pour les autres[6]. Nous avons donc fait 80% du chemin mais pas tout le chemin qui conduit à l’unité.

Mais, ajoutent les protestants et anglicans, parce que le Christ a institué la cène et qu’elle ne nous appartient pas, parce que c’est Lui qui la préside depuis le soir de la Pâque, parce que l’Esprit Saint que nous invoquons sur elle est unique, la cène est au-delà de nos divisions. Elle était avant nos séparations, et elle est un signe prophétique qui fait retentir fortement l’appel du Christ à être UNS en Lui.

Ainsi, à chaque fois que nous prenons la Cène, retentit l’appel du Christ à avancer dans l’unité, une unité visible puisqu’il s’agit de faire corps !

Ainsi, notre compréhension même de l’Eglise et de son lien avec le repas du Seigneur, nous divise encore.

Alors, si nous ne pouvons pas communier, serait-ce la faute aux catholiques et aux orthodoxes ?

Non ! Qui peut prétendre avoir la vérité sur la Ste Cène comme expression de l’unité du Corps du Christ qui est l’Eglise ? Chacun, dans son bon droit (ou son sectarisme ?), affirme avoir la bonne compréhension des choses.

Deux solutions alors :

  • Soit nous en restons là, nous assumons nos divisions et, à chaque fois que nous prenons le repas du Seigneur chacun de notre côté, nous mangeons et buvons notre propre condamnation.
  • Soit, nous nous mettons avec assiduité et avec humilité, ENSEMBLE, à chercher la vérité du Christ pour aujourd’hui en restant disponibles à l’Esprit Saint dans la prière… et dans l’amour. Et nous ne cessons jamais jusqu’à ce que nous ayons trouvé, comme la femme de la parabole cherchant sa perle de grand prix (Mt 13,46) ou l’ami inopportun insistant jusqu’à ce que l’ami ouvre sa porte (Lc 11,5).

Nous ne sommes pas l’Eglise pour faire bonne société. Nous sommes l’Eglise pour obéir au Christ et témoigner de manière cohérente de son amour pour le monde.

Or, au cœur de notre foi, il y a le Christ mort et ressuscité. Paul dit que nous l’annonçons (11,6) lorsque nous partageons le pain et le vin qui sont à la fois le corps et le sang du Christ en personne (ceci est mon corps…) mais aussi le corps unique du Christ qui est l’Eglise[7].

Aujourd’hui, nos Eglises encore divisées témoignent de l’inverse : elles ne sont pas un seul corps (ou si elles le sont, ça ne voit pas, c’est un corps virtuel… qui n’est plus un corps !) et par conséquent, elles boivent et mangent leur propre condamnation. De ce fait, elles n’annoncent pas le Christ mort et ressuscité, mission essentielle de la cène pourtant (11,26).

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous ne pouvons prendre la cène qu’avec crainte et tremblement, avec repentance, et en nous engageant à travailler à l’unité visible de l’Eglise-corps-du-Christ. Non pas comme un hobby pour quelques foyers mixtes qui auraient besoin de se faciliter la vie, mais comme une exigence pour être des chrétiens crédibles.

Comme le dit l’apôtre, ces divisions sont là pour mettre à l’épreuve notre résistance à la division (11,19). La division serait donc une épreuve pour tester notre fidélité au Christ[8]. C’est dire que dans ce travail, cette prière et cet engagement pour l’unité visible du corps du Christ qui est l’Eglise, sont en jeux notre crédibilité, notre vocation et notre mission de chrétiens.

Dans un instant, nous allons rendre visite à nos frères et sœurs catholiques d’en face mais nous ne communierons pas ensemble.

Nous pouvons partager la Parole, la prière et la fraternité. Nous pouvons cultiver et faire grandir l’amour et la vérité entre nous (même si pour certains, ils ne sont pas encore des frères : si vous ne saluez que vos frères, que faites vous d’extraordinaire, les païens en font autant ! Mt 5,47)

Nous pouvons (nous devons !) y aller dans un esprit de repentance, à l’écoute de la Parole et de l’Esprit pour grandir dans la fidélité au Christ et dans notre témoignage à l’unique Christ.


[1] Cf document « Discerner le corps ; communion ecclésiale, communion eucharistique » du comité mixte catholique/luthéro-réformé en France – Bayard-Fleurus-Cerf 2010.

[2] Je parle des Eglises, non des individus dans leur conscience propre éclairée par leurs Eglises et solidaires d’elles.

[3] Concernant le baptême cependant, certains chrétiens ne reconnaissent pas le baptême des autres (cf les dialogues baptistes-catholiques français à ce sujet).

[4] Voir à ce sujet le document du Conseil œcuménique des Eglises, Commission Foi et constitution, intitulé « Nature et mission de l’Eglise ».

[5] Ce sont les dialogues œcuméniques qui ont fait bouger les anglicans, luthériens et réformés sur la question. Ils reconnaissent désormais dans les autres Eglises la même foi au Christ Seigneur, la même compréhension, dans l’essentiel, du baptême et de la cène (= elle n’est pas un nouveau sacrifice du Christ) et cela suffit (satis est !) pour être en pleine communion, c’est-à-dire une même Eglise. Les formes que peuvent prendre l’Eglise et les ministères sont secondes. La réciproque n’est pas vraie tant, pour les catholiques et orthodoxes, l’Eglise visible, sous certaines de ses formes (autorité, ministère) fait partie du credo sur lequel les chrétiens doivent s’accorder pour être véritablement unis.

[6] Voir à ce sujet le document déjà ancien du comité mixte luthéro-réformé/catholique « Consensus œcuménique et différence fondamentale », Centurion 1987.

[7] Précision non négligeable : le v 29 parle de « discerner le corps » sans préciser de quel corps il s’agit. On peut donc comprendre, dans le contexte, qu’il désigne à la fois la personne du Christ qui se donne dans le pain et le vin de la cène, et l’Eglise-unique-corps-du-Christ dont il est fait mention avant et après le récit de la cène. C’est cette interprétation que nous suivons.

[8] Pas étonnant alors que le tentateur s’appelle justement le diabolos, diviseur !