Affmic
Association Française des Foyers Mixtes Interconfessionnels Chrétiens

Prédication de Frédéric de Maack pour la Semaine de l’Unité 2012

Homélie du 22 janvier 2012 (Frédéric de Maack, conseiller spirituel de l’Affmic)

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

« Frères, je dois vous le dire, le temps est limité…. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer » 1 Co 7, 29…

Oui, frères et soeurs, le temps est limité pour nous, pas pour l’église et encore moins pour Dieu, C’est notre temps à nous, comme êtres humains, qui est limité, et pour cette raison nous nous devons d’agir dans ce temps qui est le nôtre. Aujourd’hui l’Eglise nous demande de prier pour l’Unité des Chrétiens. Il y a urgence car nos divisions sont perçues comme un scandale et comme un véritable contre témoignage de notre appartenance au Christ. Comment pourrions nous appeler à la conversion et annoncer la Bonne Nouvelle si nous apparaissons divisés et même ennemis. L’unité des chrétiens est souvent définie comme l’oecuménisme, mais ce mot a tendance à disparaître dans les communautés qui s’intéressent à l’unité. L’oecuménisme n’est pas un mouvement, c’est une dynamique. Alors il est plus exact que ce soit l’objectif de cette dynamique qui soit privilégié. Si l’on se préoccupe de l’Unité des chrétiens, c’est que les chrétiens se sont divisés car la division est inscrite au coeur de l’homme. Nous savons bien depuis Adam et Eve qu’il faut identifier la division et le Diable. Cette division continue entre Caïn et Abel, et ainsi de suite. Mais concentrons-nous sur le Christianisme, la tentation de la division apparaît dès la constitution des premières communautés chrétiennes. L’Evangile d’aujourd’hui nous relate l’appel des premiers disciples Simon, André, et puis Jacques, fils de Zébédée et Jean. Nous savons que chacun d’entre eux a accompli une mission d’évangélisation particulière dans des lieux particuliers. Le récit de cette première confrontation à une possible division est riche d’enseignements.

Pierre célèbre la cène du Seigneur en présence de Paul à Antioche. Il y a des juifs convertis au christianisme et des non-juifs convertis qui suivent l’enseignement de Paul. Ces derniers ne sont pas circoncis et ne suivent pas les prescriptions de Moïse. Pierre refuse de partager avec eux le pain et le vin consacrés corps et sang du Christ. L’affaire est grave et l’on décide de convoquer une première réunion à Jérusalem pour traiter de ce désaccord. On appelle cette réunion le concile de Jérusalem vers les années 50 donc 12 ans après la résurrection du Christ. A cette époque c’est Jacques, un autre Jacques qui préside la communauté de Jérusalem : Jacques fils d’Alphée. C’est en effet par des conciles que l’église naissante traitera tous les problèmes principalement théologiques mais aussi pratiques. Lors de ce concile de Jérusalem, un compromis est trouvé et l’accession au Christianisme, au baptême est permise aux non-juifs, mais en maintenant l’interdiction à l’eucharistie ! Ce n’est que plus tard que la pleine et entière communion sera établie. La conversion du monde non-juif est alors possible et chacun retourne à son apostolat Paul et Barnabé vers les non-juifs, Pierre, Jacques dans la communauté des juifs, André vers les Scythes ? Paul en Grèce et Asie mineure. Les grands débats théologiques dureront 4 siècles et seront traités par 4 conciles. Lors du dernier, à Chalcédoine, en 451, certaines communautés signifient leur désaccord et c’est le premier schisme.

Franchissons 11 siècles et nous voici à la Renaissance avec l’explosion des nationalismes et la mise en forme de l’Europe. Luther, moine catholique pose des questions à l’église de Rome et attend des réponses. Il supplie le pape de convoquer un concile pour lui répondre. Le pape Paul III convoque alors un concile à Trente en Italie, en 1542. Ce concile durera 18 ans au cours de 5 pontificats. La conclusion sera ferme : Luther est condamné et le schisme est prononcé. Mais ce concile permettra de fixer le rôle des prêtres et des séminaires. Il ne sera révisé qu’avec Vatican II. Ce nationalisme frappe aussi l’autre poumon du Christianisme, le monde orthodoxe. La réponse de Constantinople est différente de celle de Rome. Les orthodoxes créent les Patriarcats très reliés aux nationalités mais qui conservent la même liturgie et préservent ainsi la communion pleine et entière. Ne vous faites pas d’illusion cette réponse apporte aussi son lot de problèmes à l’église orthodoxe, à tel point qu’un concile pan-orthodoxe (c’est-à-dire concernant tous les orthodoxes en 2012 ou 2013) est en préparation.

Au 20ème siècle, après quinze siècles de division, un groupe d’hommes jugent ces divisions incompatibles avec le christianisme. Attentifs au commandement de Jésus au chapitre 17 de Jean « Soyez uns come le Père et moi sommes un », ils se mettent en marche pour se rencontrer, hommes de différentes confessions, protestants, anglicans, orthodoxes, catholiques, le groupe des Dombes est créé et les premiers accords théologiques sont enfin signés, précédant la levée des anathèmes et ainsi traçant la route de la démarche vers l’unité.

Quelles sont les questions qui demeurent entre nos différentes églises chrétiennes ?

Il y en trois :

  • La première est la primauté du pape. Cette question pourrait se régler. Benoît XVI a fait des avancées sur le sujet et puis après tout, comme je vous l’ai dit, le premier patriarche (évêque) fut bien à Jérusalem et c’était Jacques.
  • La seconde question est plus délicate. Il s’agit des ministères. Comment affirmer l’identité et l’autorité de celui ou de celle qui conduit la communauté chrétienne? Evêque, Prêtre, Pasteur, simple baptisé ?
  • La troisième concerne l’eucharistie, ou plutôt l’hospitalité eucharistique qui conduit à la pleine et entière communion. Cette question dépend de la précédente. Qui préside à la consécration du pain et du vin comme corps et sang du Christ. Comment accepter à la table du Seigneur tous ceux qui croient réellement que ce pain et ce vin sont le corps et le sang du Christ ?

Pour terminer laissez-moi vous donner une piste de réponse pour la deuxième question concernant les ministères. Retournons à l’Evangile. « Aussitôt laissant là leurs filets, ils le suivirent…Alors, laissant dans la barque, leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui. Depuis les origines Dieu appelle des hommes et des femmes. Et ils ou elles quittent tout pour le suivre et pour annoncer aux peuples la Bonne Nouvelle : « Convertissez-vous car le royaume de Dieu est proche ». Amen

PS : La paroisse Saint Honoré d’Eylau est membre d’une association oecuménique, l’association Etoile Champs Elysées (AECE) qui regroupe 26 paroisses chrétiennes de Paris dans les 7ème, 8ème et 16ème arrondissements. Les activités de cette association sont relayées dans une feuille hebdomadaire. Si vous souhaitez la recevoir personnellement, il suffit d’envoyer un mail à l’adresse suivante frederic.de-maack@orange.fr .